TEXT: FLORIAN ZELLER

Florian ZELLER

Nous étions nés pour ne jamais vieillir, semblent nous dire ces visages douloureux, Et pourtant, l'admirable tremblement de leur regard ne provient peut-être pas uniquement de la simple menace du temps, les espoirs comme des navires éventrés, mais d'une insuffisance nouvellement éprouvée à vivre dans l'absolu, seuls. Quel " miracle '' attendent-ils ? Vers qui est-elle tournée, cette " prière '' ?

Et pourquoi ne leur répond-on pas ? Tout semble dirigé vers un ailleurs qui échappe désormais à leur vision. Car ce ne sont pas des visages qui voient, mais des visages qui ont vu. Et qui savent désormais. Comme si leur destin était soudain tout entier devant eux.

Mais qu'ont-ils vu, exactement ? À cette question, je crois qu'il n'y a de réponse extérieure à l'apparence elle-même - et peu importe, au fond . . . Reste cet effroi, ainsi qu'une étrange désolation, aussi inquiète qu'inquiétante, et qui appelle encore - mais quoi ? Le mental n'apportera là-dessus aucun réconfort (voyez comme ces visages sont systématiquement privés d'une partie de leur boîte crânienne) ; le corps n'apparaît pas. Alors où puiser le secours, sinon dans l'exploration de ce tréfonds où le primitif rejoint mystérieusement le monstrueux ...

Est-ce cela, Marine, ce qu'on appelle magnifiquement se perdre ?